Colloque Transes & Études de genre
Les recherches contemporaines sur les états non-ordinaires de conscience (ENOC), qui peuvent se rencontrer dans des contextes hypnotiques, méditatifs, d’usage de psychédéliques, d’expériences de mort imminente, etc., montrent que ces expériences altèrent en profondeur la conscience de soi ainsi que le vécu corporel. Elles ouvrent des espaces de transformation, temporaire ou durable, de l’identité, du schéma corporel et de la perception sociale. Ces états modifient de façon radicale la conscience de soi, la perception du corps, les schèmes relationnels et très souvent la conscience genrée elle-même. Ils constituent ainsi une « expérience critique » où peuvent apparaître : des suspensions temporaires de l’identité de genre, des expérimentations de fluidité corporelle et subjective, des formes rituelles ou subjectives de subversion performative du genre, des expériences de « non-soi », de transcendance ou de reconfiguration des assignations genrées. Simultanément, l’anthropologie des transes a longuement documenté les usages différenciés du genre dans ces contextes : figures de third gender, performances rituelles inversées, appropriations queer-contemporaines des pratiques de transe, etc.
Pourtant, les dimensions genrées de ces expériences demeurent largement sous-étudiées dans la recherche francophone. Comment ces états modifiés influent-ils sur la perception du genre, sur la performativité du corps sexué, sur les rôles et les assignations de genre ? En quoi les dispositifs rituels, culturels ou thérapeutiques mobilisés autour des ENOC peuvent-ils constituer des espaces de subversion ou, au contraire, de renforcement des normes de genre ? Quels usages politiques, critiques, queer en font aujourd’hui les communautés minoritaires ? De la transe à la transition, n’y a-t-il qu’un pas ?
Ce colloque propose d’ouvrir un dialogue contemporain entre les sciences sociales, la philosophie politique et les études de genre, d’une part, et la recherche sur les ENOC et les transes, d’autre part. Il s’agira d’interroger de manière critique ce que ces états font au genre – et, réciproquement, comment les théories du genre peuvent éclairer et enrichir l’analyse des ENOC. L’objectif est double : d’une part, offrir un objetde recherche nouveau aux spécialistes du genre ; d’autre part, politiser et historiciser les approches des ENOC, souvent portées par des discours « naturalistes » qu’il convient qui ne va pas toujours de soi. Nous invitons les personnes intéressées à réfléchir collectivement aux enjeux épistémologiques, critiques et politiques que soulève ce croisement de champs.
Pr Antoine Bioy